« Tout à fond, en forme d’hommage vibrant à Didier Wampas, pour faite twister les mémés et pogoter Vincent Delerm... c’est pour dire !!! », « une discussion de comptoir en écoutant The Clash et les Pogues tout en fredonnant du Renaud », « Alternatif, punk, rock n’ roll ! Entre The Clash et Yvette Horner, le mix improbable d’un rock n’ roll endiablé teinté de punk sur fond de chanson réaliste... tu n’en veux ??? »… Sur le web, le groupe lui-même facilite pas mal la tâche du chroniqueur en multipliant les descriptifs en forme d’étiquettes. Un peu toute faites ces comparaisons sont pourtant l’usage et une façon de justifier aussi l’appartenance d’un tel groupe à la scène punk au sens large. C’est qu’à première vue c’était pas gagné : le groupe chante en français et repose une bonne partie de ses mélodies sur… un accordéon ! C’est pourtant dans l’héritage alterno français des années 80 qu’il faut aller chercher les racines du groupe, dans son contexte socio-culturel aussi. Renaud, Pigalle, Sales Majestés, Wampas, Béru, c’est dans les vieilles chopes qu’on sert la meilleure bière, dans les manifs les plus virulentes des plus sales heures de la Chiraquie, que nos quatre compères puisent leur inspiration ("le bruit et l’odeur", le baron Seillière, le FN...). « Rien qu’la tune dépensée pour fabriquer des avions, éradiquerait la faim dans c’pays à la con. / Le salaire d’nos ministres pour être tranquille pénard, faire vivre des générations de smicards. / Mais c’est pas demain la veille qu’ils partageront leur bénèf’, eux préfèrent manger dans la main du MEDEF. / Reprenons notre dû avant qu’la vie soit trop terne, on verra alors si c’est pas la rue qui gouverne. », un extrait parmi d’autres qui résume bien l’état d’esprit de la bande. Quelques banalités, mais c’est la loi du genre, rien de bien neuf dans les thématiques (police, politiciens et mode de vie rock n’roll), mais aussi un certain talent d’écriture qui mêle humour et ironie à la colère sociale, qui sait aussi ne pas céder trop souvent au franchouillard et aux grosses ficelles. L’application du groupe à l’écriture est donc un point positif tant nombre de groupes du genre se plantent à ce petit jeu et y perdent toute crédibilité. « Le rock n’ roll, le vrai celui qui gratte et colle », le groupe le dispense sous diverses facettes plus ou moins enjouées, plus ou moins rapides, plus ou moins énervées, avec en constante l’accordéon qui apporte ici des contre-temps ska, là une ligne mélodique fil-rouge, ou un solo virtuose. L’aspect festif dans tout ça est plutôt majoritaire, modéré par une grosse énergie et la voix de Pierre ce qu’il faut de virile et rocailleuse. Jeux de mots, invectives, références politiques, le tout sur fond de java rock comme de punk pur jus, le groupe marque aussi par sa diversité. Dans le lot on retiendra « Une Epoque Formidable » ou « Du Bon Côté » aux textes vraiment poignants, « Quand J’serai Vieux », « RMI Blues » ou « La Danse Des Mythos », pour la tranche de rigolade, « De Bars En Bars » le morceau le plus punk rock musicalement, « Jean-Michel » ou « La Crise » pour leurs textes tellement bien vus, qui savent allier gravité du propos et aspect dansant de la musique (merci la section rythmique au top), quoi de mieux pour faire adhérer l’auditeur un brin sensible à la contestation sociale ? Le prototype du groupe, pourtant très facile d’accès et à la qualité musicale indéniable, que l’adepte de punk rock habituel n’ira pas chercher. Le genre de musique foncièrement punk qu’on pourrait croire à des kilomètres de la chambre du geek-punk qui télécharge à tout va. Pourtant elle est juste là mec, en bas, dans ta rue, sur les pavés, derrière les portes du troquet, à côté du local associatif où t’as jamais mis les pieds… Rue D’La Soif t’écouteras sans doute jamais, à la limite quelques secondes avant de zapper dans ta bibliothèque iTunes, le temps de trouver ça « pas assez vénère » (toute façon toi dans le punk ce que t’aimes c’est la batterie mitraillette même si ça parle de nanas)… T’as juste rien compris au punk rock…

14,5/10

PUNK FICTION
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